Le camp de Buchenwald
Fin mars et début avril 1945
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Buchenwald fut installé à 9 kilomètres de la ville de Weimar, ancienne capitale de la République allemande (1919-1933), dans le massif forestier de l'Ettersberg, là où Goethe aimait venir se recueillir... Au 3 avril 1945, la population totale du camp et de ses 70 Kommandos était de 81.457 détenus (ou 80.011 suivant les sources), y compris les Kommandos de femmes dépendant du camp de Ravensbrück, mais non compris ceux de Dora, camp devenu autonome le 28 octobre 1944. A l'appel du 5 avril au soir, il y aurait eu dans le camp principal (petit camp et grand camp) 47.700 détenus de 30 nationalités, plus 37.457 autres détenus dans les Kommandos. Le 11 avril, après les évacuations, la population du camp était de 21.000 détenus.
Trois Schutzhftlagerführer assuraient la discipline, l'ordre et le fonctionnement. Ils avaient sous leurs ordres des Rapportführer et des Blockführer. Un Arbeitseinsatzführer supervisait le travail. Il était secondé par un Arbeitsdienstführer dont dépendait l'Arbeitsstatistik, point névralgique, car c'est là qu'étaient établies les listes d'envoi en Kommando, forme de droit de vie ou de mort. Un Leiter der Politischer Abteilung (Kriminalobersekretär) assurait la surveillance et les enquêtes. Un Verwaltugsführer s'occupait de l'administration et de l'intendance. De lui dépendaient l'approvisionnement et les dépôts (Effektenkammer) et les cuisines (Küche). Enfin, la santé et l'hygiène (dont la désinfection) étaient l'affaire d'un Lagerartz (médecin chef) qui, en principe, ne dépendait pas du commandement, et d'un responsable du Revier (hôpital). Il faut préciser que les SS en service ne vivaient pas dans le camp. Ils le contrôlaient "de haut" et n'entraient dans l'enceinte des détenus que pour les appels (matin et soir), pour les contrôles et pour y rétablir l'ordre si nécessaire. Cette organisation explique la constitution vicieuse d'une direction des détenus par d'autres détenus. Cela générait inévitablement des tensions, des heurts, des brimades, des meurtres entre détenus, dans le cadre d'une autodiscipline de terreur. Pour entretenir cette terreur, les SS avaient inventé le système des triangles pointe en bas, signe distinctif des diverses catégories de détenus. Voir la planche des triangles de détenus.
Dans le camp, on trouve le Lagerältester (le doyen). Il y en avait trois à Buchenwald, nommés par le commandant lui-même. La fonction de Lagerältester 1 n'a été exercée que par 4 détenus (tous allemands) de juillet 1937 à avril 1945 : Hubert Richter (prisonnier de droit commun, tué par les SS dans d'atroces souffrances) de 1937 à 1939 ; Paul Henning (prisonnier de droit commun, transféré ensuite à Mauthausen) de 1939 à 1942 ; Paul Mohr (prisonnier politique) de 1942 à 1944 ; Hans Heiden (prisonnier politique) de 1944 à la libération). Les autres fonctions internes au camp sont celles du Kontrolleur, du Blockälstester (chef de block), du Pfleger (au Revier), du Blockschreiber (secrétaire des chefs de block), du Stubendienst (responsable d'une chambrée) et du Dolmetscher (interprète). Sur les lieux de travail, le Kapo dirige un groupe de travailleurs, le Vorarbeiter est l'adjoint des Kapos et le Kalfaktor est l'homme à tout faire d'un Blockälstester ou d'un Kapo. Autres personnages nantis d'une fonction, le Lagerschützer et le Lagerschutz sont les "policiers" du camp ; le Torhüter est le gardien des portes.
C'est dans cette population qu'étaient recrutés les "Prééminents", pratiquement tous triangle rouge en 1945. Ceux-ci dirigeaient de fait, et confidentiellement, le camp, en occupant les fonctions vitales à l'Arbeitsstatistik, au Büro du chef de camp, ainsi qu'au secrétariat du Revier et du médecin-chef. La réalité historique, qu'aucun détenu de Buchenwald et aucun historien ne songent à nier, est que les communistes, essentiellement Allemands, avaient un pouvoir occulte dans le camp. Ils avaient pour cela progressivement éliminé les détenus au triangle vert. Au sein de cette organisation secrète, le B.C.R.A. du gouvernement du général de Gaulle, les principales organisations de résistance intérieure et les services secrets anglais possédaient également des ramifications dans le camp. Aujourd'hui encore, une polémique parfois acerbe se poursuit en France entre les fédérations de déportés (F.N.D.I.R. et F.N.D.I.R.P.) sur la nature et le rôle de l'appareil clandestin à Buchenwald. Il ne faut toutefois pas confondre ces "Prééminents" avec la "race" des Kapos et de leurs auxiliaires, presque tous triangles verts et qui étaient, eux, totalement compromis avec les SS et avaient de nombreux morts sur la conscience :
Au milieu du Grand Camp se trouvait l'arbre fétiche, dit "de Goethe". Il se disait que sa destruction devait annoncer la chute prochaine du nazisme. Il fut incendié par suite du bombardement du 24 août 1944...
Les SS utilisaient cette différenciation de l'élite et de la plèbe. Ainsi ils puisaient dans le Petit Camp par priorité en vue de renforcer des Kommandos extérieurs, ou lorsque le taux de mortalité parmi les détenus mettait en danger la charge de travail exigée de ces Kommandos. Quand le mouvement se fit dans l'autre sens : des Kommandos vers le camp central, ce fut le Petit Camp qui servit de zone "d'accueil" pour tous les Kommandos venant de l'extérieur, les groupes de détenus venant des prisons d'arrêt allemandes, et des lieux spéciaux de détention des SS. |
© Anovi - F. Bertrand - Éditions Art Cool, 2002-2005