Le convoi C
Buchenwald - Dachau
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- Le convoi - Le wagon 46 - L'encadrement - - Le trajet - Le ravitaillement -
Il était tracté par deux locomotives sur les flancs desquelles était peinte une inscription qui, à l'époque, nous semblait hallucinante : "Sie rollen für den Sieg" (elles roulent pour la victoire)... Il n'est pas possible de préciser le nombre exact de wagons couverts et de wagons découverts. La "cinquantaine" indiquée ci-dessus veut dire que les témoignages oscillent entre 40 et 59 :
Il n'est pas impossible que les wagons-morgue aient été abandonnés en cours de route. Malgré cinq jours de pluie, il semble que les wagons découverts aient présenté moins de désavantages pour les déportés que les wagons couverts. Les portes de ces derniers étaient fermées en permanence. La respiration y devenait difficile, dans ces espaces "empestés" par la crasse, la vermine, les odeurs d'excréments et les déjections des mourants.
Des wagons découverts de type Ommu-Wagen, de fabrication tchèque, étaient également utilisés. Longs de 8,70 mètres et larges de 2,80, ils avaient une superficie de 24,36 m2. Les wagons couverts possédaient eux aussi une superficie de 21 à 22 m2. Cette question de la superficie des wagons prend tout son sens avec le calcul suivant :
Les détenus étaient donc entassés sur une surface qui ne dépassait pas 16 m2. Chacun ne disposait donc que d'un espace de 17 à 21 cm2. Et le voyage devait durer 21 jours... Les gardiens occupaient soit une extrémité du wagon, soit ils étaient placés au milieu, dans une zone interdite dont les limites étaient matérialisées par des traverses de chemin de fer et qui séparaient les détenus en deux groupes. Le nombre de détenus par wagon, au départ, oscille entre 80 et 105. Du fait des décès, les wagons se sont régulièrement vidés. Les cadavres étaient collectés environ tous les deux jours et conduits aux wagons-morgue. Il semblerait que devant l'afflux de cadavre, certains wagons aient été vidés de leurs occupants pour servir de morgue, et les survivants répartis dans d'autres wagons. A l'arrivée, le commandant du convoi a fourni un rapport au commandant du camp de Dachau. Il y annonce 500 décès, chiffre honteusement falsifié à la baisse. Il y précise en outre qu'il n'était assisté sur le plan sanitaire que par un infirmier détenu (il s'agirait d'un médecin français dont nous ne connaissons pas l'identité).
Il était assisté par dix gradés et 120 exécutants, répartis dans les wagons (deux par wagon). Ceux-ci étaient en grande majorité des SS de nationalité allemande, mais aussi tchèque ou hongroise (les deux gardes du wagon 46 étaient Hongrois, âgés de la cinquantaine). En outre, l'encadrement comptait aussi des soldats de la Luftwaffe et de l'armée de terre (Heer).
L'embarquement se fait dans la gare des marchandises de Weimar. Un convoi de 50 wagons n'aurait pu stationner dans la gare des voyageurs. Par ailleurs l'opération au milieu des civils allemands aurait eu une influence néfaste sur le moral déjà passablement déprimé de la population allemande. Il est 20 heures quand le train se met en mouvement. Combien de détenus transporte-t-il ? Face au chiffre de 4.480 annoncé par les SS, il est permis d'affirmer que le convoi en emporte plus de 5.000. Le témoignage d'Emmanuel Kronland (déporté matricule 125.139) est très clair sur ce point : "Nous étions 5.009 au départ de la gare de Weimar. Je suis certain de ce chiffre, car j'étais le dernier des 5.009 à être "comptabilisé" par les SS. Je faisais partie de l'avant-dernier des 50 wagons, le dernier wagon était libre au départ". Cette masse d'homme ne sait pas qu'un seul sur cinq arrivera "non mort" à Dachau. Départ de Weimar à 20 heures / Bad Sulza / Bad Kösen / Naumburg / Weissenfels Dimanche 8 avril : Arrivée à Luckenau à 6 heures Lundi 9 avril : Départ de Luckenau en début de matinée / Zeitz / Meuselwitz / Pegau / Zwenkau / Leipzig / Wurzen / Oschatz / Riesa / Meissen / arrivée à Dresde vers 12 heures 30 Le convoi C est le seul des convois de Buchenwald à être monté aussi loin vers le nord et à être passé par deux grandes villes : Leipzig et Dresde. Mardi 10 avril : Heidenau / Pirna / Teschen / Aussig / Teplitz-Schönau / Brüx / Komotau / Saaz / Rudig / Plass Mercredi 11 avril : Pilsen / Nürschan Jeudi 12 avril : Nürschan Vendredi 13 avril : Départ de Nürschan à 13 heures 45 / arrivée à Staals à 14 heures, après un trajet de 15 minutes... Samedi 14 avril : Staals Dimanche 15 avril : Staals Lundi 16 avril : Départ de Staals à 9 heures 30 / Stankau / arrivée à Bilsova à 16 heures 30 Mardi 17 avril : Départ de Blisova à 4 heures / Taus / Neugedein / Putzeried / Janowitz Mercredi 18 avril : Arrivée à Grün à 7 heures / Spitzbeg / Bayerisch-Eisenstein / Zwiesel / Regen / Triefenried / Deggendorf Jeudi 19 avril : Arrivée à Nammering (près d'Aïcha vorm Wald) à 16 heures Vendredi 20 avril : Nammering Samedi 21 avril : Nammering Dimanche 22 avril : Nammering Lundi 23 avril : Départ du premier convoi de Nammering à une heure inconnue Mardi 24 avril : Départ du deuxième convoi de Nammering à 18 heures Les dates et heures qui suivent ne concernent plus que le deuxième tronçon du convoi. Mercredi 25 avril : Arrivée à Passau à 2 heures / départ de Passau à 8 heures / Fürstenzell / arrivée à Pocking à 23 heures Jeudi 26 avril : Départ de Pocking à 7 heures / Mühldorf am Inn / Dorfen / dans une gare de triage près de Munich Vendredi 27 avril : Aux environs de Munich, départ à 22 heures Samedi 28 avril : Arrivée à Dachau à 1 heure du matin Ce trajet est aberrant. Pourquoi passer par Leipzig et Dresde, donc vers l'est de Weimar, alors que Flossenbürg, destination première du convoi, se trouve au sud-est de Weimar ? En outre, le camp de Flossenbürg fut libéré par les Américains le 20 avril et non le 8, comme l'indique Mehrbach dans sa déposition... La distance parcourue lors de ces 21 jours d'errance est de 760 kilomètres, ce qui représente une moyenne de 34 kilomètres par jour... De plus, pendant 11 jours et demi, le convoi est resté immobile, loin des grandes agglomérations. Ces multiples arrêts ont plusieurs explications :
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Date |
Témoignage de François Bertrand |
Témoignage du Père Éloi (wagon des Franciscains) |
Témoignage de François Caes |
| 8 avril | 15 petites pommes de terre froides, 190 g de pain, 25 g de saucisse | 333 g de pain, quelques pommes de terre froides | 1 pain, 1 morceau de saucisson |
| 9 avril | / | 200 g de pain, un morceau de fromage | / |
| 10 avril | / | / | / |
| 11 avril | 250 g de pain, 20 g de margarine | 200 g de pain | / |
| 12 avril | 230 g de pain, 20 g de margarine | / | / |
| 13 avril | 250 g de pain, 40 g de fromage | / | / |
| 14 avril | 200 g de pain, 40 g de fromage | / | / |
| 15 avril | 200 g de pain, 40 g de fromage | / | / |
| 16 avril | 100 g de pain civil | / | / |
| 17 avril | / | / | / |
| 18 avril | / | / | / |
| 19 avril | / | / | / |
| 20 avril | 4 pommes de terre chaudes, 1/2 litre de soupe aux choux déshydratés | / | / |
| 21 avril |
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| 22 avril | 1/2 litre de soupe aux choux déshydratés | / | / |
| 23 avril | 150 g de pain civil | / | / |
| 24 avril | 4 pommes de terre froides | / | 1 soupe |
| 25 avril |
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/ | Quelques pommes de terre et du chou |
| 26 avril | 1 paquet de potage "Wehrmacht Suppe", 1 paquet de potage aux choux déshydratés | 1 paquet de soupe déshydratée | / |
| 27 avril | / | / | / |
| 28 avril | / | / | / |
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Au delà des différences, tous les témoignages se rejoignent sur l'essentiel : les déportés du convoi C n'ont pas eu plus de 100 calories par jour pour survivre. Quand on sait que pour ne pas maigrir, la ration d'un homme adulte ne doit pas descendre en dessous de 1.200 calories, on imagine aisément la souffrance de ces hommes et leur état à l'arrivée à Dachau... A titre de comparaison, dans le Ghetto de Varsovie, la ration quotidienne de chaque Juif était comprise entre 300 et 800 calories, celle d'un Polonais était de 634 calories et celle d'un Allemand était de 2.310 calories... Il est impossible de comptabiliser ce qui a été reçu des populations civiles : des Tchèques de Pilsen ou des Allemands d'Aïcha vorm Wald. En gare de Pilsen, un groupe de femmes a bousculé les SS pour apporter du pain, de l'eau et de la soupe à certains wagons. Ailleurs en Tchécoslovaquie, ce sont des voyageurs qui jettent aux détenus leurs vivres de la journée, lorsque les trains se croisent. Aucune ration journalière d'eau n'a été distribuée. Avoir faim c'est supportable. Avoir soif, c'est inhumain. De surcroît, il est bien connu que la dysenterie (dont le plus grand nombre était atteint) déshydrate progressivement le corps et crée une soif incontrôlable. |
© Anovi - F. Bertrand - Éditions Art Cool, 2002-2005