Perpétuer la mémoire...
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Une "Journée-mémoire" Francine Christophe et François Bertrand témoignent Marc Nadaux (professeur) : Bonjour à tous. Laissez-moi vous présenter Francine Christophe et François Bertrand. C'est ce matin le premier volet de cette "Journée-Mémoire", une journée consacrée à la seconde guerre mondiale, à ses événements, à son souvenir également, une journée qui se divisera en deux parties pour vous comme pour les autres élèves du collège. Ce matin nous traiterons de la déportation et cette après-midi sera plutôt consacrée à l'occupation. Un petit retour en arrière s'impose cependant. Puisque cette journée a été placée un 6 février. Ce n'est pas un hasard. Nous sommes ce matin au 70e anniversaire du 6 février 1934, dont on vous a déjà parlé dans nos cours. Le 6 février 1934 à Paris, les associations d'anciens combattants, les ligues d'extrême droite aussi ont manifesté, se sont dirigées vers l'Assemblée nationale où des combats très violents les ont opposées aux forces de l'ordre. Plusieurs morts sont à déplorer, plusieurs centaines de blessés. Et au-delà, on peut penser avec cet événement que la République est menacée. Cette République disparaît six années plus tard avec cette fois-ci le second conflit mondial. Des Allemands pénètrent dans notre pays, sont victorieux. Le maréchal Pétain est au pouvoir, il demande l'Armistice. Il se fait voter les pleins pouvoirs, d'où la création d'un nouveau régime politique, l'État français. L'État français qui mène une politique antisémite. On y reviendra. Avec de nouveaux mots qui apparaissent : "statut des Juifs", déportation... Et c'est là que madame Christophe nous apportera des précisions. On parle dans ce cas, donc, de déportation de type "raciale". Ce régime politique nouveau choisit également de collaborer avec l'ancien ennemi, l'Allemagne nazie. Et certains refusent cet état de fait. Ils deviennent "résistants" pour des raisons politiques. Ce sont des communistes, des démocrates. Et c'est là qu'intervient François Bertrand, qui lui aussi est, de ce fait là, déporté vers les "camps de la mort", qui seront le centre d'intérêt de cette intervention. Cette intervention pourrait durer une heure et demie, à la suite de laquelle après avoir présenté tout cela, vous pourrez ensuite questionner de manière plus précise, une demi-heure, trois quarts d'heure. AVANT LA DÉPORTATION Marc Nadaux : Il convient dans un premier temps de replacer votre destin dans son contexte et voir en 1939 qui vous êtes. En 1939, vous avez quel âge ? Francine Christophe : Je suis née en 1933, l'année où Hitler prend le pouvoir en Allemagne. Et j'ai toujours dit en riant, mais finalement je le pense, que si j'avais su je serais restée dans le ventre de ma mère. Alors en 1939, j'ai 6 ans. Papa part à la guerre. Il est en âge d'être mobilisé, comme tous les Français. Et il est bientôt fait "prisonnier de guerre". Vous savez qu'à cette époque là nous avons presque deux millions d'hommes prisonniers. C'est absolument épouvantable dans un pays comme la France. Marc Nadaux : C'est la première déchirure. Francine Christophe : Et père sera envoyé en Allemagne dans des camps de prisonniers de guerre. Ne pas confondre les "camps de prisonniers de guerre" et les camps de déportation. Les prisonniers sont préservés en principe par la convention de Genève. Ce sont des accords qui sont faits entre les belligérants, c'est-à-dire le pays qui se font la guerre. Et qui, entre autres, disent ce qu'un prisonnier doit être, c'est-à-dire logé, nourri, soigné. Et, s'il s'évade et s'il est repris, qu'il ne soit pas fusillé. Malheureusement, il y aura des prisonniers évadés, qui seront repris et fusillés. Marc Nadaux : On verra que ce statut aura des influences sur votre parcours, par la suite. Quelle était la profession de vos parents ? Francine Christophe : Ma mère était sans profession. Elle était pianiste. Et mon père était historien. Marc Nadaux : Et à cette époque (on est en 1939, dans les années 1930), être Français, mais de confession israélite, qu'est ce que cela signifie ? Francine Christophe : Pour moi, cela ne signifie rien du tout, puisque je suis d'une famille qui n'est pas pieuse. Marc Nadaux : Qui ne pratique pas, donc. Francine Christophe : Mes parents se sont mariés à la synagogue. Il y a une raison à cela, c'est qu'avant la guerre, même sans être pieux, le concubinage est quelque chose d'absolument inimaginable. Et dans toutes les familles, même lorsque l'on n'est pas pieux, on se marie dans un lieu de culte, quelle que soit la religion, qu'elle soit catholique, protestante ou juive. Donc mes parents ne sont pas pieux (j'ai des cousins qui le sont d'ailleurs) mais ils se marient à la synagogue. On disait à l'époque être Français de "confession israélite"... François Bertrand : On ne dit pas "juif". C'était alors péjoratif. Marc Nadaux : Donc la guerre est déclarée face à l'Allemagne nazie. Mais les Allemands de confession israélite ? Francine Christophe : C'était péjoratif, parce que souvent cela s'accompagnait de "sale juif". Alors on était israélite. Mais la position de Juifs français était la même que celle des autres. La République, Dieu merci, avait fait de nous des citoyens à part entière et nous en étions intimement persuadés. François Bertrand : Oui, mais il faut se remettre dans l'état d'esprit de l'époque. A l'époque, la télévision n'existe pas et cela va tout changer. On n'est pas au courant. Maintenant, vous êtes au courant de ce qui se passe dans le monde entier minute par minute. A l'époque, il n'y a pas de télévision, pas de poste à transistor. Cela n'existe pas. Dans chaque famille, on a un poste de radio branché au mur. Et encore, quand on peut se l'offrir ! Il y a des familles pour lesquelles même un poste de radio est trop cher. Marc Nadaux : Oui, mais cela existe... Francine Christophe : Oui, cela existe. Alors on achète son journal, bien sûr, tous les jours, dans beaucoup de familles, même dans les familles pauvres bien souvent. Marc Nadaux : On a des informations tout de même sur ce régime politique. Francine Christophe : On a des informations, mais on n'est pas au courant... Il y a quelques juifs d'Allemagne qui fuient l'hitlérisme et qui commencent à arriver en France. Mais c'est très difficile de croire ce qu'ils racontent. Cela sera aussi difficile de croire ce que nous raconterons à notre retour en 1945. Ce que les juifs allemands racontent en débarquant, on ne peut pas le croire. Vu que cela arrive dans un pays de grande civilisation comme l'Allemagne ! Puis il ne faut pas oublier que nous sommes Français et ces gens là sont Allemands ! Et la religion ne change rien. Ce sont des gens comme les protestants ou les catholiques. Quand un juif allemand nous raconte ce qui se passe, on n'en revient pas. Mais pour nous il est Allemand. Parce que pendant la guerre de 1914-1918, c'est-à-dire la guerre d'avant, leurs parents se sont battus contre nos parents. Marc Nadaux : Le sentiment national prime sur la confession religieuse. Francine Christophe : Bien sûr. Marc Nadaux : On est en 1940 maintenant. La guerre a eu lieu. Francine Christophe : On l'a perdue. Marc Nadaux : On l'a perdue. C'est l'arrêt des combats. Et avant de proclamer sa volonté de collaborer avec l'Allemagne nazie, le maréchal Pétain, au pouvoir, édicte des lois particulières à destination de ces Français de confession israélite, le "Statut des Juifs". Francine Christophe : Moi, cela me tombe sur la tête. Je ne comprends même pas ce que c'est. Je commence à dire à cet âge là à Maman : "Maman, pourquoi ?". Je crois que si Maman vivait encore, je lui dirais maintenant encore : "Maman, pourquoi ?". Je n'ai pas encore compris pourquoi j'ai été persécutée, pourquoi j'ai été persécutée comme cela. Pourquoi ? Marc Nadaux : C'est une prise de conscience pour vous ? Francine Christophe : Une prise de conscience pour une petite fille... C'est une peur horrible qui m'arrive tout d'un coup. Je comprends que je suis un monstre. Marc Nadaux : On vous dit que vous êtes différente. Francine Christophe : On me dit et on m'a marquée. Je vous ai apporté quelque chose... que vous n'avez sans doute jamais vu. (Francine Christophe se lève, montre son étoile jaune et la pose sur sa poitrine) Marc Nadaux : Nous sommes au mois de juin 1942, deux années plus tard. Francine Christophe : Voilà, c'est la vraie, c'est une vraie. Elle est à moi. J'ai fait la queue à la Préfecture pour l'obtenir. J'ai dû la payer, j'ai dû donner de mes tickets de textile. Vous savez qu'on avait des tickets de rationnement pour tout acheter. Je l'ai portée, quand le décret paraît en 1942. Tout le monde est obligé de la porter, à partir de l'âge de six ans. Moi, à ce moment là, j'ai huit ans. Et je vais à l'école avec. Elle doit être cousue solidement. Si elle est seulement épinglée ou "pressionnée" , la police passe, vérifie et on a des ennuis. Et quand j'arrive à l'école avec cela sur la poitrine... J'avais prévenu mes petites camarades, je leur avais dit "vous savez lundi prochain je ne serai pas pareille"... Marc Nadaux : Quelles ont été leurs réactions ? Francine Christophe : Formidables. Formidables, un enfant n'est pas raciste. Un enfant devient raciste s'il a des parents qui le sont, des professeurs qui le sont. Et toutes mes camarades ont été adorables. Marc Nadaux : Influencées par leurs parents... Francine Christophe : Quand je rentre à l'école, toutes les petites filles (je dis les filles car, à l'époque, les écoles ne sont pas mixtes) sont rassemblées dans le préau. La directrice me prend dans ses bras et m'embrasse. Et moi je dis que c'est déjà un acte de résistance, parce qu'elle risque son poste, elle risque sa liberté. Et elle l'a fait. Marc Nadaux : Car elle ne connaît pas l'opinion de ceux qui l'entourent : supérieurs, collègues ou autres. Francine Christophe : Elle peut être dénoncée par des parents d'élèves. Elle a pris dans ses bras une petite fille juive. Marc Nadaux : Dans la rue, dans les lieux publics, vous sentez l'hostilité de certains Français ? Francine Christophe : Bien sûr, c'est fait pour nous montrer du doigt, pour dire : "Voilà les sales juifs !". C'est fait pour que l'on nous crache dessus. C'est vrai, cela arrive. Mais dans l'ensemble, non. Parmi, les persécutions de tous les jours, par exemple, il y en eu une... Dans le métro à Paris, nous n'avons droit qu'au dernier wagon, et encore en se mettant debout. Il y a des gens qui se lèvent, qui s'approchent, qui ne disent pas un mot parce que c'est dangereux, mais nous les sentons près de nous. Et cela veut dire : "je suis là et je vous soutiens". C'est formidable. Marc Nadaux : Un témoignage de sympathie. Francine Christophe : Mais oui. Mais c'est vrai que c'est difficile à vivre tout de même pour une enfant qui ne comprend pas ce qui lui arrive. Quand je sors de l'école et que je vais au jardin public... Marc Nadaux : Au parc Monceau, à Paris. Francine Christophe : Au parc Monceau ou au jardin de Batignolles, puisque j'habite juste à côté. Il y a même quelquefois écrit... François Bertrand : "Interdit aux chiens et aux Juifs". Francine Christophe : Alors mes petites camarades vont au jardin, moi je suis refoulée. Pourquoi ? Je me demande ce que j'ai fait. Qu'est-ce qui se passe ? En plus, en plus ! Mon père est prisonnier de guerre. Et Pétain, qui fait croire mille choses aux gens, a toujours fait croire que les prisonniers de guerre étaient ses enfants, qu'il les adorait. Donc les enfants des prisonniers de guerre sont ses petits-enfants. J'ai même reçu, moi qui étais très bonne élève, un prix, comme fille de prisonnier de guerre de la part du maréchal Pétain. Six mois après, il me fait emprisonner. Marc Nadaux : Alors votre père est prisonnier de guerre. Il a combattu. Il faut revenir aussi à vos proches, à votre famille. Puisque dans ce fameux "Statut des Juifs", on parle de "race juive", non pas de la confession. Et la collaboration signifie aussi que pour donner des gages de bonne volonté le régime de Vichy va participer aux rafles et à la déportation des étrangers qui se sont réfugiés en France, comme des Français de confession juive. Vos proches sont-ils concernés par ces événements ? Francine Christophe : Bien entendu. Tout le monde est concerné. Ce que je voudrais absolument dire, parce que cela c'est une chose que je ne supporte pas. Il y a des gens qui se permettent de dire que les juifs se sont laissés arrêter comme des moutons. C'est totalement faux. Il faut savoir que ce n'est pas difficile d'arrêter les gens. Un seul exemple. Je vous disais tout à l'heure qu'à cette époque il n'était pas question de ne pas se marier ou de se marier seulement à la mairie. Une synagogue, c'est comme une église. Elle a le registre des mariages. On va à la synagogue, on prend le registre des mariages et on a toutes les adresses. Il n'y a plus qu'à aller chercher les gens. Je vous donne un autre petit exemple. Imaginons un palier. D'un côté, il y a un appartement habité par une famille catholique et de l'autre un appartement habité par une famille juive. La petite catholique, à l'âge de douze ans, elle va faire sa première communion. A l’époque, c'est le cas dans toutes les familles. Ce n'est pas comme maintenant, on était beaucoup plus pieux avant la guerre. La famille catholique, qui est très amie avec la famille d'en face, va dire : "Eh bien, votre petite fille, elle ne fait pas sa première communion ?". "Non nous sommes juifs". "Ah, bon". Arrive le Statut des Juifs. Et là, il y a deux solutions. Ou la famille catholique est une famille de salauds et va aller au commissariat de police et dire : "Vous savez, sur notre palier, il y a une famille juive et elle ne s'est pas dénoncée". Ou la famille catholique est une famille de gens merveilleux et va dire : "Passez-nous l'enfant, on va la cacher". Alors quant à se cacher, ce n'est pas facile dans un pays où il y a une pénurie terrible. N'oubliez pas que nous sommes obligés en France de fournir à l'Allemagne tout ce que nous produisons : le cuir, le vin, le tissu et toute la nourriture. Donc nous avons des tickets pour tout. Donc cacher quelqu'un... Les gens se donnaient un mal fou pour cacher. On arrive à cacher un enfant, deux enfants, mais une famille entière, on ne peut pas la cacher. Et il y avait même la délation. Dans une période troublée, dans n'importe quelle période troublée, c'est là où on aperçoit des comportements sublimes et des comportements abjects. Alors vous voyez des gens qui cachent, qui font ce qu'ils peuvent et d'autres qui vont dénoncer. Ce n’est pas simple d'arriver à cacher. Les juifs ne se sont jamais laissés faire. Et je voudrais aussi qu'on dise une chose, c'est que dans la résistance il y a énormément de juifs. On oublie de le dire. Il y a un pourcentage colossal. Dans ma seule famille, il y a trois fusillés pour faits de résistance, un déporté pour avoir apporté son aide à la résistance, un cousin "Français libre" et un autre engagé dans l'armée d'Afrique. Ce n'est tout de même pas si mal. Marc Nadaux : Ils sont entrés dans la clandestinité pour résister. D'autres ont été déportés. Et vous, Madame, pouvez-vous nous expliquer les circonstances de votre arrestation ? Francine Christophe : Mon père, dans son camp de prisonniers, savait très bien que les juifs en France étaient persécutés. Il le savait parce que la presse allemande était distribuée chez les prisonniers de guerre à des fins de propagande. Également la presse vichyste, avec la même propagande : "Les Allemands sont nos amis. Travaillez pour nous. Vous serez nourris, soignés, etc.". De temps en temps, il y avait un prisonnier de guerre qui disait oui, quand il ne se faisait pas casser la gueule par ses copains. Il s'apercevait vite d'ailleurs que cela n'était pas vrai... C'était tellement facile. Mais enfin les prisonniers de guerre sont au courant de ce qui se passe. Et mon père a peur pour ma mère et pour moi. Il nous a écrit. Marc Nadaux : Il vous contacte ? Francine Christophe : Il a droit à deux lettres par mois, comme tous les prisonniers de guerre, de toute l'Europe. Il n'y a pas que des Français prisonniers de guerre en Allemagne. Il y a de tous les pays occupés en Europe. Et tous ces prisonniers de guerre ont une espèce de code avec leurs familles, parce que les lettres sont toujours censurées. Lorsqu'elles sont censurées, c'est passé au noir. On a beau gratter... Donc tous les prisonniers de guerre ont des mots. Et mon père, par certains mots, nous fait comprendre qu'il ne faut surtout pas rester à Paris, car nous allons être arrêtées. Donc nous cherchons un fabricant de faux papiers, parce que nos papiers ont un gros tampon marqué "Juif". Marc Nadaux : Et vous partez vers le sud de la France. Francine Christophe : ... et nous cherchons un passeur. Il faut aussi trouver un passeur pour nous faire passer dans les collines, afin d'éviter les patrouilles et les chiens. Marc Nadaux : Les conventions de l'armistice font que le régime de Vichy, le maréchal Pétain a autorité sur la zone sud, dite "libre" de la France. La présence allemande est moins importante qu'au nord. Donc vous gagnez cette zone sud. Francine Christophe : Voilà. Parce qu'à cette époque là, on croit encore en Pétain. On s'imagine qu'on va être sauvé par lui. On ne peut pas s'imaginer qu'un maréchal de France va nous livrer. Ce n'est pas possible. On nous avait dit : "Vous passez par La Rochefoucauld. C'est une petite ville qui est au centre de la France, qui n'a pas encore été occupée... Vous descendrez du train, vous irez sur la place de la gare et votre passeur vous attendra de l'autre côté". Nous avons donc nos faux papiers et, à la descente du train, le quai est rempli de troupes, parce que la ville a été occupée pendant la nuit. Nous ne le savions pas. Donc, contrôle des papiers. Est-ce que nos papiers ne sont pas très bien faits ? Est-ce que nous avons tellement peur, Maman et moi, que cela se voit sur notre visage ? Enfin, on nous met de côté. Et puis, au bout d'un moment, quand tout le train a été contrôlé, on nous emmène à la Kommandantur. La Kommandantur, c'est le bureau militaire le plus important d'une région occupée. C'est là où il y a les chefs, c'est là d'où partent les ordres. Marc Nadaux : C'est le lieu de commandement des autorités allemandes. Francine Christophe : Et donc, voilà les interrogatoires qui commencent. Ma mère m'avait dit : "Surtout, si par malheur nous sommes arrêtées, qu'on t'interroge, qu'on te demande si tu es juive, tu dis que non...". Parce qu'en partant, notre étoile nous l'avons décousue, laissée chez des amies résistantes. Et c'est comme cela qu'après guerre nous avons pu la retrouver. "... Parce que tu iras en prison. Et surtout, répète bien que Papa est prisonnier de guerre, parce que cela pourra te sauver la vie". J'avais bien mis tout cela dans ma petite tête. A l'époque, j'ai huit ans et demi. C'était la fin de l'année scolaire. Nous arrivons à la Kommandantur. On nous sépare tout de suite. On met Maman dans une pièce, moi dans une autre. Je suis gardée par un grand soldat armé, avec un gros chien. De là ma peur des chiens. Comme la plupart des déportés, parce que nous étions gardés par des chiens dressés. François Bertrand : Oui... Francine Christophe : Ce chien qui est plus haut que moi... Et j'entends que l'on commence à interroger Maman, dans la pièce à côté. Et je l'entends crier : "Non, non, non, je ne suis pas juive !". Cela dure un petit moment. Et puis au bout d'un moment, c'est moi qui vais passer. Alors je passe devant une table, où sont assis des militaires. Et mois je suis là... Et il y en a un au bout qui, comme dans un film policier, va taper à la machine tout ce que je vais dire. "Ton nom, ta date de naissance. Ton père, son âge, son métier, etc.". Des tas de questions comme si j'étais un bandit de grand chemin. "Tu es juive !". "Non, je ne suis pas juive et Papa est prisonnier de guerre". "Mais si, tu es juive, puisque tu voulais passer la ligne. C'est que tu es juive, tu voulais te cacher là-bas !". "Non, non, non monsieur, je vous dis : Papa est prisonnier de guerre". "Papa est prisonnier de guerre", je le répétais. Il y en avait deux. Un qui était brutal : "Tu vas le cracher, salope, que tu es une cochonnerie de juive. Nous te le ferons dire". Et puis l'autre : "Allez, mignonne, cela ne te fera pas de mal". J'ai tenu un bon moment. "Non, non, monsieur". Ce n'est pas facile un interrogatoire, quand on est une petite fille. Ce n'est pas facile du tout. Voyez, j'y repense maintenant. Pourtant j'ai l'habitude de la raconter, mais j'en tremble quand même un peu... Et donc au bout d'un moment, je répétais : "Mais monsieur, Papa est prisonnier de guerre". La porte s'est ouverte et j'ai vu apparaître Maman. Là, j'ai aussi toujours un peu de mal à le dire. On dira que Maman n'était pas bien fraîche. Alors l'Allemand la regarde et dit : "Si vous n'avouez pas que vous êtes juive, vous pouvez lui dire au revoir pour toujours". "Oui, je suis juive". "Et bien voilà, elles ont avoué". Voilà comment toute l'histoire commence. Marc Nadaux : Vous êtes ensuite placée en détention sur le territoire français. En prison dans un premier temps. Francine Christophe : Quand j'arrive à la prison de La Rochefoucauld. Ce n'est pas une vraie prison, la ville est trop petite pour en avoir une. C'est la halle aux grains qui est transformée en prison. Il y a là une cinquantaine ou une centaine de détenus, je ne me souviens pas. Et je me mets à pleurer. Vous pensez bien, avec ce que je viens de subir, toutes ces persécutions. Ce n'est pas possible. Et tous ces gens là m'entourent m'embrassent et me disent (c'est le 26 juillet 1942) : "T'en fais pas petite, la guerre va bientôt finir. La liberté viendra. Te tracasse pas, te tracasse pas". Vous voyez les jeunes, le moral ! J'en profite toujours pour glisser une petite leçon. Mais, voyez, on a bon moral. Il faut toujours croire que tout ira bien. Quand il vous arrive quelque chose, il faut se dire : "Il faut que je m'en sorte". Marc Nadaux : C'est votre mère qui vous chante la chanson de Maurice Chevalier : Dans la vie, faut pas s'en faire... Francine Christophe : Elle l'a chantée. Marc Nadaux : Et puis, les camps d'internement. A quoi ressemblent-ils ? Est-ce que vous pouvez nous en faire une description ? Francine Christophe : Deux mots auparavant, sur la prison d'Angoulême, qui est une vraie prison. Là aussi, à huit ans et demi, la cellule, ce n'est pas facile. Dans ma cellule, il y a un bébé de dix mois. Comme il est juif, il a droit à la cellule aussi. Et, je tiens quand même à le dire, parce que c'est important. Il n'y a pas de lavabo dans la cellule et nous allons nous laver dans la cour de la prison. Or, nous sommes dans le quartier des femmes et, venant du quartier des hommes, on entend chanter. Et ces hommes qui chantent, ce sont des hommes qui ont su qu'il y avait là une femme et des enfants et qui chantent pour nous donner bon moral, pour nous aider à tenir. Et j'ai su longtemps, longtemps, longtemps après, il y a trois ou quatre ans en retournant à Angoulême, j'ai appris que ces hommes qui étaient emprisonnés là, à ce moment là, en 1942, et qui chantaient pour moi, pour nous donner du courage, étaient des résistants qu'on était en train de torturer. Donc voilà des hommes qu'on torturait et qui avaient la force, le courage de chanter pour une enfant juive, pour qu'elle tienne le coup. C'est beau ça, c'est formidable. François Bertrand : Pour que vous restiez Française, pour que vous soyez Française. Francine Christophe : Une époque où nous savions tous la Marseillaise. On l'apprenait à l'école Marc Nadaux : Et puis, vous voilà à Beaune-la-Rolande... Francine Christophe : D'abord Poitiers, qui est un grand camp, à moitié juif, à moitié tzigane. Car les Tziganes ont été arrêtés par familles entières. Ensuite Drancy... Marc Nadaux : Drancy, au nord de Paris. Francine Christophe : Drancy. Je vais y voir quelque choses d'abominable. C'est le départ de milliers d'enfants arrachés à leurs parents, parce que ce sont des enfants de juifs d'autres pays, des pays qui ont été occupés avant la France et qui sont venus se réfugier en France. Et Pétain les a livrés. Et je vais voir partir ces enfants. Et c'est affreux. Ce sont des gosses qui ont été séparés de leurs mères à coup de crosses de fusils par les gendarmes. Et les chiens aboyaient. Ils sont blessés, ils sont sales. Ils sont quelquefois hébétés. Ils sont attachés par familles, frères et sueurs, par une ficelle, par le cou. Je dis bien par le cou. Ce sont des troupeaux d'enfants qui vont partir vers l'Est. C'est abominable à voir. Moi à ce moment là, j'ai neuf ans à Drancy. Je me jette dans les bras de Maman, en disant : "Pas à moi, on ne va pas me faire cela à moi". Non, c'est là que j'apprends que, pour la propagande... car cela compte, c'est très important, ils pourront dire aux Alliés : "Voyez comme nous sommes humains. Nous respectons la Convention de Genève. Les femmes des prisonniers de guerre, nous les gardons à Drancy et nous leur donnons le statut "d'otage, non déporté". Donc, à ce moment là, en 1942, on me donne le statut d'otage, non déportée, que je vais garder pendant deux ans, à bourlinguer dans tous les camps de France. Marc Nadaux : Faites-nous la description de ces camps, Madame Christophe. Quelle vie on mène là-bas ? Francine Christophe : Alors, un camp d'internement, même un camp d'internement, cela ressemble quand même beaucoup à un camp de concentration. Même si cela n'est pas aussi terrible, quand même. Marc Nadaux : Là, on est au nord d'Orléans. Francine Christophe : Un camp d'internement, c'est quand même des baraques, c'est quand même des barbelés, qui ne sont pas électrifiés. Ce qui changera en Allemagne. Nous sommes tout de même gardés par des gens armés, avec des miradors tout autour du camp. Marc Nadaux : Qui sont-ils ? Francine Christophe : Suivant les camps, on est gardé par les gendarmes ou par les douaniers. A Beaune-la-Rolande, les douaniers qu'on envoie là, cela ne leur plaît pas. Un douanier n'est pas formé à garder des femmes ou des enfants juifs. Et ils essaieront d'atténuer, même eux... Beaune-la-Rolande est construit au milieu des champs de pommiers. Et je dis : "Ah, une pomme". Cela a l'air simple pour vous, mais pour une petite fille incarcérée, une pomme c'est déjà quelque chose de tout à fait incroyable. Et il y a un douanier qui a dû m'entendre. Puisqu'un matin, je trouve un sac de pommes au bout de ma paillasse. Eh bien, ce douanier, c'est comme la directrice de mon école. Marc Nadaux : Comment cela ? Francine Christophe : Mais, c'est déjà un témoignage de résistance. Parce que si cela s'était su, il perdait son poste Mais il perdait sa liberté. Et il le fait. Il me porte des pommes. Malheureusement, je n'ai su qui était ce douanier Je le regrette beaucoup. Marc Nadaux : Qu'est-ce que l'on fait dans ce camp ? Francine Christophe : On ne fait rien. On fait l'appel comme dans tous les camps. On doit se mettre en rangs et se compter. Sauf qu'on se compte en français. En Allemagne, on se comptera en allemand. Mais il y a une vie sociale, qui est extraordinaire dans ce camp. On va au maximum C'est aussi une forme de résistance. Nous sommes là un groupe d'enfants. Il y aura de plus en plus, de plus en plus d'adultes arrêtés, qui vont arriver. Et ces adultes, toujours le bon moral, les bonnes pensées : "la guerre va bientôt finir, la liberté reviendra. Il faut absolument que ces enfants puisse retourner sur les bancs de l'école". Ce n'est pas parce que vos professeurs sont là que je vais vous cacher les choses : sans école vous n'êtes rien. Même si cela vous barbe de venir tôt le matin, même s'il faut venir avec le froid, même si le prof du jour vous ne l'aimez pas, même si la matière du jour vous ne l'aime bien tant pis, car vous ne serez rien dans la vie si vous n'allez pas à l'école. Et ces gens qui sont là avec nous dans les camps se disent : Voilà ! Et tous ceux qui savent quelque chose, nous le transmettrons : une fable de La Fontaine, une chanson, un petit chapitre d'histoire, un petit chapitre de géographie, un peu de sciences, n'importe quoi. Et ceux qui ne savent rien, nous parlerons notre langue. Qui a une langue a une patrie ! Et vous sales gosse, que je connais bien parce que j'ai des petits enfants du même âge, quand vous bousillez notre langue. François Bertrand : Les textos ! Francine Christophe : Quand vous prenez un sale accent, "et les meufs et les ci et les çà"... Qu'est-ce que je vous ferais... Quand on n'a plus le droit de parler sa propre langue, vous ne pouvez pas savoir comme c'est dur. Écoutez-la notre langue comme elle est belle. Quand vous récitez une fable de La Fontaine, mais c'est joli, c'est presque une chanson. Alors vraiment ! Marc Nadaux : Donc il y a une vie sociale dans ces camps. Francine Christophe : Au camp de Beaune-la-Rolande, moi, comme fille de prisonnier de guerre j'ai le droit de recevoir des colis. Eh bien, nous gardons les papiers d'emballage. Et il y a une dame, qui était modiste de son métier, qui avec les papiers d'emballage, fait des chapeaux. C'est quand même extraordinaire. On arrive à faire des choses. Et c'est grâce à tous ces amis qui vont faire des choses, que je suis redevenu quelque chose, à peu près normale... grâce probablement à tous ces gens de Beaune-la-Rolande qui voient des enfants et se disent : "tout ce que l'on sait, il faut le leur transmettre". Ils ne m'ont jais transmis les maths, et je suis mauvaise en maths. C'est comme ça ! Marc Nadaux : Vous restez deux années dans ces camps. Francine Christophe : Aux camps de Pithiviers, de Beaune-la-Rolande. Marc Nadaux : Puis vient, au mois de mai 1944, la déportation vers le territoire allemand et le camp de Bergen-Belsen, au sud de Hambourg. Francine Christophe : Il y a quelque chose que je voudrais dire. Parce que François va en parler aussi. Mais cela se passe déjà en France et je veux le dire parce qu’on en a parlé lors du procès Papon. C'est tout de même lui qui signait cela, il s'agit des transports. Vous savez que la grande affaire des nazis, c'est de déshumaniser les gens qu'ils arrêtent. Les déshumaniser pourquoi ? Parce que les gens arrêtés deviennent ce qu'on appelle "Untermensch" c'est-à-dire "sous-homme", indigne de vivre. Il faut bien qu'ils comprennent qu'ils deviennent un animal. Le premier stade de la déshumanisation, ce sera le wagon à bestiaux. Il faut bien comprendre ce que c'est qu'un wagon à bestiaux. Vous en avez peut être déjà vu sur les voies de garage, ces wagons de bois rouge. On nous pousse là dedans. Quand il y a une rampe pour y monter, ça va. Quand il n'y en a pas, c'est très haut. Les enfants et les vieillards, on nous jette dedans. Et on se blesse en retombant. On nous tasse là dedans. On nous tasse. Serrés... Ce que François vous racontera, c'est encore pire. Moi, ce que je vous dis c'est déjà en France. Parce que c'est signé par les autorités françaises, c'est signé par les Préfets. C'est la S.N.C.F. qui nous emmène. Il faut bien le savoir. On est tassé là dedans, c'est quelque chose d'épouvantable. Pour les animaux, on laisse les petites fenêtres ouvertes. Pour nous, on les ferme. On tire la lourde porte, on la verrouille, on la plombe. Et on ne voit rien, on est dans le noir. L'été, on a horriblement chaud, l'hiver, on a horriblement froid. On a peur, surtout les enfants, parce qu'on ne sait pas où on va. Les seuls bruits qu'on a entendus, ce sont les aboiements des chiens, les cliquetis des armes et les ordres donnés en allemand. Et, il ne faut pas oublier que dans ce wagon, avant de fermer la porte, on va glisser dedans une tinette. Qu'est-ce que c'est une tinette ? C'est une sorte de gros bidon. Je vais donner la description, même si elle est sale. Excusez-moi. Mais tant pis pour la saleté, il faut tout dire. Une tinette, c'est une sorte de gros bidon dans lequel nous devons faire nos besoins. Mais comme un train de wagons à bestiaux, cela gêne les trains de voyageurs dits "normaux", quand nous gênons, on nous met sur les voies de garage. Ce qui fait que les voyages peuvent durer très longtemps. Pour aller du camp de Pithiviers au camp de Beaune-la-Rolande, il y a dix-huit kilomètres, je vais mettre vingt-quatre heures. Pensez à votre père au volant de sa voiture qui fait cent vingt kilomètres... Pour retourner du camp de Beaune-la-Rolande au camp de Drancy, il y a cent vingt kilomètres. Je vais mettre quarante-huit heures, quarante-huit heures enfermée dans mon wagon à bestiaux, sans manger, sans boire, avec la tinette qui déborde. Il faut bien comprendre que nous vivons dans notre merde ! Quand on arrive à destination, qu'on déplombe, qu'on déverrouille et qu'on ouvre la porte... Et bien moi, la petite fille, à ce moment là, j'ai dix ans. Je n'ai rien d'une petite fille de dix ans ! Voilà ! Marc Nadaux : Madame Christophe, 76.000 Français de confession juive font ce trajet pendant le second conflit mondial, auxquels s'ajoutent d'autres Français eux-mêmes déportés "politiques". François Bertrand vous faites ce trajet, vous également ? François Bertrand : Non, j'ai été arrêté en Allemagne. Je l’ai fait en Allemagne. Francine Christophe : Une seule chose que je rajoute. Une seule chose. Ça c'est important. Je vous ai dit que dans les camps, nous portions notre étoile. Même dans les camps, si elle n'était pas bien cousue, nous avions droit à Drancy au cachot. Mais il y a ça. (Francine Christophe montre une petite pièce de tissu blanche, avec l'inscription « Ami des Juifs »). Cela il ne faut quand même pas l'oublier. Il y a des gens, qui se font arrêter avec "Ami des Juifs", et qui garderont ça, qui seront quelquefois déportés, qui mourront pour ne pas abandonner leurs opinions. Pardonnez-moi François, mais cela il fallait le dire. Marc Nadaux : Monsieur Bertrand, pourquoi êtes-vous déporté ? François Bertrand : Je suis déporté parce que je vais en mission en Allemagne en 1943, monter un réseau de résistance, à Kassel, dans le camp d'Essen. Et nous montons là une organisation de résistance avec des officiers de police allemande. Il faut bien se rendre compte que Himmler, le chef des SS, n'a pris le contrôle sur ce qu'on peut appeler la police en uniforme, la police de commissariat, qu'en 1944. Donc il y avait des officiers de police, qui n'étaient pas du tout nazis et qui ont travaillé contre le régime à ce moment là. Et c'est avec eux que nous avons travaillé. Rien d'original, si on fait une activité de résistance... On a une chance sur deux d'être arrêté. C'est évident. Ce qui est malheureux, c'est qu'on aurait aimé être arrêté sur dénonciation d'un Allemand. Nous étions dix-sept dans ce groupe, dix-sept Français, et c'est un Français qui nous a livrés à la Gestapo, et qui a raconté. C'est beaucoup plus difficile de dire, eux sachant ce qui se passe, nous ne faisions rien de mal. J'étais (ce n'est pas Beaune-la-Rolande) dans une Zwetchthaus, une prison d'arrêt, telle que vous en voyez dans les films. Pas tellement malheureux à cause des gardiens, parce que ce sont des gardiens de prison, qui sont Allemands, mais qui n'ont absolument pas la mentalité des SS, qui systématiquement veulent nous détruire, ou rapidement, ou progressivement. Alors, nous sommes dans une prison. Alors cela m'amuse beaucoup quand je lis dans la presse que des gardiens de prison français se sont étonnés que dans une cellule d'un seul, on ait mis trois détenus. Toutes les cellules de prison dans le monde entier ont à peu près la même superficie. Dans ma cellule, pendant des mois, nous étions onze. C'est-à-dire qu'en étant debout, on pouvait vivre à côté des autres. Mais le soir, pour dormir par terre sur le ciment (on n'avait pas de lit), on était obligé de dormir sur le côté. Et si l'un voulait se retourner, il fallait que les autres se retournent. Avec la fameuse tinette. Mais la tinette, elle était prévue pour deux dans la cellule. C'était une cellule de deux ! Alors elle débordait. Tout ce que vous a raconté notre amie est une vérité. La déshumanisation. Pour vous, qui vivez une vie peinarde, avec votre famille, avec vos professeurs, qui dans le fond, veulent tous vous parler du bien et du mieux être, c'est très difficile la notion d'Untermensch, si on ne l’a pas vécue dans sa chair. Marc Nadaux : Avec vous, pendant ce second conflit mondial, 80.000 autres déportés politiques sont arrêtés... François Bertrand : Non, plus. 86.000 selon les dernières statistiques, dont 6.000, ce que l'on vient de découvrir (des Français, arrêtés en Allemagne) et 80.000 en France. Marc Nadaux : ...vont être transférés avec le décret "Nuit et Brouillard" de 1941... François Bertrand : Ça, c'est une catégorie. C'est fonction de l'organisation allemande qui nous a arrêté. Je n'ai pas été NN. Marc Nadaux : ...et seront internés dans les camps allemands de concentration, dans les conditions abominables, dont nous a parlé Francine Christophe. Au moment où vous arrivez à Buchenwald, au centre de l'Allemagne, que savez-vous de ces camps ? François Bertrand : Pas grand-chose. (François Bertrand se tourne vers les élèves et les interroge : votre moyenne d'âge ? Quinze ans) J'avais quinze ans en 1934. Le fait politique m'intéressait, mais je ne rappelle pas d'avoir lu ou d'avoir entendu beaucoup dans mon entourage... Sur Hitler évidemment, parce qu'il n'a pas |