Le convoi D

Convoi parti le 7 avril 1945



Ce convoi qui rassemble 4.600 ou 4.605 détenus parcourt 420 kilomètres à pied à travers des petits villages et par des chemins forestiers. Il est dirigé plein sud. Il traverse successivement Freienorla, Langenorla, Kleindembach et Pössneck, puis se scinde en plusieurs colonnes. 

La première part en direction de Bad Berka, vers la Saale et Orlamünde.

La deuxième part en direction de Wernburg et Moxa. Elle se scinde à nouveau en deux. Un élément se dirige vers Ziegenrück et l'autre vers Oppurg, Oberoppurg, Daumitsch, Volkmannsdorf et Möschlitz, pour atteindre Saalburg puis Langgrün, vers la frontière bavaroise.

Ces tronçons de colonne convergèrent vers Saalburg. L'un se faufila après Friesau à travers Ebendorf et Schönbrunn, qu'il atteignit dans la nuit du 11 au 12 avril. Un autre alla en direction de Lobenstein, traversa les collines du Gallenberg et du Grünberg. Ayant atteint Lobenstein, il suivit la Saaletalstrasse vers Harra et Blankenstein, pour arriver enfin dans le Höllental, où il se dispersa car les troupes américaines arrivaient au contact.

Un dernier tronçon comprenant seulement 300 détenus passa à Lemnitzhammer et échoua enfin le 25 avril à Dachau, dans un état misérable. Un détenu de Dachau a assisté à cette arrivée. Il raconte : "Je me souviens d'une nuit où ce convoi exténué arriva aux douches de l'infirmerie... Je puis assurer qu'en pénétrant dans les douches pour aider à transporter ces restes humains, j'eus l'impression saisissante d'une vision d'Apocalypse... "Les hommes sècheront de frayeur". Imaginez les cadavres que vous voyez au cinéma, dans les charniers des camps, et donnez-leur un souffle de vie, peut-être aurez-vous cette même impression. Je ne voudrais pas y croire, mais si, c'est vrai, c'était vrai... Ils gisaient pêle-mêle ; la bouche ouverte, leurs ventres étonnamment creux, et ils vivaient. Ils respiraient de la même façon qu'un porc égorgé, et on avait envie de les achever comme on achève un lapin ou une perdrix pour ne pas qu'ils souffrent... Leurs yeux retournés ne regardaient nulle part".

© Anovi - F. Bertrand - Éditions Art Cool, 2002-2005