Les convois

Évacuation de Buchenwald



- Pourquoi ? - Les 9 convois - 



A l'exception du premier convoi, surtout composé de Juifs et parti le 6, les convois de détenus évacués quittèrent le Petit Camp du 7 au 10 avril. Ils sortirent du camp par la porte du crématoire. Tous se rendirent à Weimar par la route longue de 9 kilomètres. Ce fut un calvaire. Tout détenu défaillant qui tombait à terre était aussitôt exécuté sur place par un SS. Des camarades furent portés et encadrés par des amis qui se relayaient. Nous ne connaissons le nombre de détenus abattus sur ce parcours que pour le convoi C, ce qui représenta 71 morts, soit 1,5 % des détenus mis en route.



Pourquoi ces convois ?



La réalité militaire :

Les évacuations ont lieu au moment même de la grande offensive du 11 avril 1945. Or, début avril, le rythme de l'avance des Alliés en territoire allemand s'intensifie. A l'ouest, les troupes d'Eisenhower coupent la route vers le nord. Elles foncent vers l'Elbe pour y rejoindre les forces russes. Du côté du front est, les troupes des maréchaux soviétiques s'avancent vivement vers Berlin et le Danube.

Les seules possibilités pour les convois partant de Buchenwald sont la route du nord-est (pour échapper aux Américains) et surtout celle du sud, pour tenter de passer entre les Américains et les Russes. Ainsi s'expliquent les tracés : vers Leipzig et Dresde, puis la plongée vers le sud, vers Passau et le Danube, avec deux options : Salzbourg ou Munich.

La réalité psychologique :

Il s'agissait pour les SS de dégager Buchenwald avant l'arrivée des troupes américaines, de se débarrasser de ce magma de détenus du Petit Camp de moins en moins contrôlables et de pouvoir plus sûrement maîtriser les éventuels mouvements d'insurrection du Grand Camp. Les SS connaissaient l'existence du Comité International, dont la tête était prise par les communistes allemands et le bras armé était constitué des prisonniers de guerre soviétiques et des responsables des résistances nationales. Il est douteux que ce Comité ait envoyé un message radio aux Alliés le 8 avril, signalant les évacuations ("Nous vous appelons à l'aide. On veut nous évacuer. Les SS veulent nous détruire"). Aucune trace n'en a été retrouvée.

La réalité concrète :

Il convient de prendre en compte un faisceau de faits :

»» Les bombardements incessants des Alliés sur les points stratégiques : routes, ponts, gares de triage, etc.
»» La pagaille causée par les troupes allemandes en déplacement, les soldats allemands ou auxiliaires étrangers plus ou moins déserteurs, les travailleurs de toutes nationalités errants, des prisonniers de guerre, des réfugiés civils... Ces masses se déplaçaient de leur propre initiative, le plus souvent par centaines de milliers, se croisant, se bousculant...
»» Les industries en partie détruites ne reçoivent plus les matières premières indispensables à leur bon fonctionnement et leur encadrement est "gelé" sur place par carence d'ordres venus de l'autorité supérieure.
»» Le désarroi des fonctionnaires allemands qui ne peuvent s'empêcher de penser à l'après-guerre...
»» La désorganisation de l'administration ou du commandement des SS eux-mêmes. Cela se traduit par l'orgueil sanguinaire des hauts-responsables qui redoublent de brutalité, sachant que leur autorité est chancelante et leur vie directement menacée. Les petits chefs, eux, restent cruels jusqu'à la minute même où ils s'enfuient.

Tout ceci explique que l'exécution des ordres "d'en haut" se heurtait, heure après heure, jour après jour, à des obstacles insurmontables. Par ailleurs, la "peur du lendemain" des exécutants et l'insolence de ceux qui donnaient des ordres non exécutables concordaient pour créer la panique, le désordre, la cruauté inutile, la mort. Ainsi, il a fallu 21 jours au train du convoi C pour faire 760 kilomètres, soit 34 kilomètres par jour ! 

Le Grand Reich était enfin à genoux.



Les 9 convois



Ces 38.000 détenus "arrachés" au Petit Camp de Buchenwald et jetés sur les routes et voies ferrées de l'Allemagne, pris en étau entre les troupes alliées de l'est et de l'ouest, sont les derniers otages d'une tragédie qui permet d'affirmer que ces convois n'étaient pas de concentration mais bien d'extermination. 

Après études, contacts avec des participants et recoupement de nombreux documents, il nous a été possible de retrouver la trace de 9 départs :

 

 

 

 

 

 

Près de 90 % des 38.000 détenus formant ces 9 convois 
ne sont jamais arrivés à destination...

© Anovi - F. Bertrand - Éditions Art Cool, 2002-2005