A Dachau

De l'arrivée au camp à la libération



- Dachau - Installation à Dachau - Libération de Dachau -



Le camp de Dachau



Ce camp fut le premier camp de concentration allemand. Il fut ouvert dès le 22 mars 1933, soit moins de deux mois après la prise "légale" du pouvoir par Adolf Hitler. 

A l'origine, Dachau devait recevoir 5.000 détenus. Le camp fut considérablement agrandi en 1937 et 1938. Il comprenait alors à la fois des installations pour l'entraînement des unités Waffen SS combattantes et un camp de concentration. Ce dernier pouvait "absorber" de 40.000 à 50.000 hommes.

A la date du 26 avril 1945, Dachau rassemblait :

37.223 détenus dans 200 Kommandos extérieurs,
1.754 détenus en transport, 
28.628 détenus dans le camp lui-même

Soit un total de 67.605 détenus.

Le 28 avril à 6 heures du matin, la population du camp central passait de 28.628 à 30.043 détenus.

Entre autres groupes ethniques et sociaux, 39 % des déportés de Dachau étaient Juifs. Le camp rassemblait également 250 Tziganes, 5.000 femmes non juives, 5.080 prisonniers de guerre russes, 1.255 religieux, etc.

Dans cette foule, on dénombrait :

15.000 Polonais
13.500 Russes
12.000 Hongrois
6.100 Allemands
5.760 Français
3.400 Italiens
2.000 Tchèques
1.750 Slovènes
1.000 Belges
850 Hollandais
une dizaine d'Américains

Les hommes et les femmes sont parqués dans des bâtiments totalement séparés. Sur l'ensemble des détenus, près de 12.000, provenant notamment des convois récemment arrivés, étaient porteurs de maladies infectieuses.

Entre le 29 avril et le 5 mai, les membres du comité international clandestin de Dachau, devenus partenaires des Américains, ont dû faire face à des problèmes de police, de sécurité, de santé, de ravitaillement, ... En s'acquittant de tout cela avec tact, efficacité et un sens aigu des priorités et du devoir, ils ont indiscutablement sauvé la vie aux survivants des convois.



L'installation à Dachau



En arrivant, le 27 puis le 28 avril, les survivants des deux tronçons du convoi C sont tellement faibles qu'ils n'ont conservé aucune vision claire de ce qu'ils ont fait entre leur arrivée au camp et leur installation dans un block. Seuls les souvenirs des gardes les faisant descendre des wagons, des flaques d'eau bues sans retenue et du rassemblement dans les douches restent dans leurs mémoires. A cette exception près, c'est une perte quasi-totale de la mémoire. Robert Galinier résume ainsi l'état dans lequel ils se trouvent en des termes sobres et qui laissent songeur : "Visages apitoyés des détenus de Dachau qui nous voient arriver. Comment devions-nous être si les collègues de Dachau s'apitoient sur nous ?"...

Dans les douches, des Kapos sont lynchés par les détenus les moins affaiblis. Certains prisonniers de Dachau viennent y prendre en charge des nouveaux arrivants, les soignent et, dans bien des cas, leur sauvent la vie. 

L'enregistrement des 816 survivants par l'administration du camp n'a laissé aucune trace dans les mémoires. Elle a pourtant bien eu lieu, comme en attestent des documents d'archives. Une fois accomplie cette formalité, les arrivants sont conduits dans des blocks. Là, chacun dispose de 50 centimètres de châlit. Les vols entre détenus sont fréquents dans ces véritables cours des miracles. Les membres du convoi C en font les frais.

Tous sont atteints d'une dysenterie qui les vide. Les latrines sont dans un état épouvantable. Le chanoine Labaume, de Tours, distribue à ses camarades du charbon de bois que chacun écrase et avale pour tenter de se soigner.

Une fois les survivants incorporés à la population des détenus de Dachau, d'autres prisonniers sont chargés d'aller inspecter le train du convoi C, resté sur une voie. Bob Sheppard raconte cette terrible expérience : "Chargé de récupérer d'éventuels survivants, un groupe sous escorte est envoyé pour "vérifier" s'il y en a... Avec mon brassard de cantinier, j'en fais partie... Ce que nous voyons est pire encore. Toutes portes ouvertes, des morts... des morts... abandonnés dans les wagons. On les retourne... on ne sait jamais ! Rien... La mort, sur des visages qu'elle n'a pas rendus paisibles. On sent encore la souffrance. Dans chaque wagon, on doit enjamber cadavres, excréments, sang séché... car il y a eu aussi fusillade. On laisse le train et son chargement, qui doivent rester là et pourrir jusqu'à l'arrivée de nos troupes. Nous rentrons au camp à bout d'horreur et de colère..." Louis Receveur complète ce témoignage : "Moi qui croyais avoir tout vu, j'étais dépassé. (...). Les wagons contenaient des morts et des mourants tous allongés pêle-mêle dans des positions invraisemblables et couverts d'excréments. Certains étaient complètement dévêtus avec des plaies aux jambes où apparaissaient des asticots".



La libération de Dachau



Le 29 avril, vers 17 heures 30, lorsque Dachau est libéré par les troupes américaines, les survivants du convoi C sont inertes. Ils n'ont ni la force physique de se réjouir, ni celle de se déplacer pour constater que les SS abandonnent leurs miradors. C'est qu'il s'agit avant tout de vouloir vivre, de ménager ses efforts et de lutter contre la mort. Dans ce combat, la fraternité de ceux qui ont pu rester en groupe joue en grand rôle. C'est elle qui rattache chacun à la vie, bien plus que la pensée d'une victoire prochaine et que son sacrifice n'aura pas été vain. 

Le lieutenant William J. Cowling III est le premier Américain à pénétrer dans Dachau. Lui aussi voit le train abandonné du convoi C. Il décrit la scène le lendemain (30 avril), dans une lettre à ses parents : "Après avoir traversé cette voie, nous inspectons ces wagons et c'est alors que j'ai vu le spectacle le plus horrible que j'ai jamais eu l'occasion de voir. Ces wagons étaient emplis de cadavres ! La plupart étaient nus et n'avaient plus que les os et la peau. Croyez-moi, le tour de leurs jambes et de leurs bras n'avaient que quelques "inches" et ces corps n'avaient plus de fesses. Plusieurs de ces cadavres avaient la nuque trouée par une balle. Nous en avons eu mal à l'estomac et la seule chose qu'il nous fut possible de faire fut de serrer les poings. Je ne pouvais même pas parler".

De nombreux autres témoins ont rendu compte de la découverte du train et de l'état pitoyable des survivants, les 29 et 30 avril. Il n'est malheureusement pas possible de tous les citer ici. Leurs récits se recoupent tous, dans l'horreur et la cruauté des faits. Ils sont reproduits in-extenso dans le livre de François Bertrand. Les libérateurs américains sont outrés. Quelques-uns ne retiennent plus leur colère et procèdent à des exécutions sommaires de SS. Ceux-ci, malgré la défaite et la réalité qu'il ne pouvaient plus cacher, conservent souvent leur arrogance. Un total de 38 prisonniers SS exécutés et 5 non confirmés semble vraisemblable. Les estimations faisant état de plusieurs centaines de morts sont fantaisistes.

En dépit de la libération du camp et de la prise en main des prisonniers par l'Armée américaine, la descente aux enfers des survivants du convoi C n'est pas terminée. 

Certains n'en peuvent plus. Plus de la moitié des 816 rescapés meurent entre le 28 avril et le 31 mai 1945. Ceux qui ont encore quelque ressource jettent leurs dernières forces dans la bataille. Il s'agit de survivre coûte que coûte, de rentrer au pays, de retrouver sa famille, sa terre, ses amis...

Il faut tenir le coup physiquement. Autant l'ovomaltine chaude servie par la Croix Rouge est un délice, autant les colis-types pour prisonniers de guerre sont meurtriers pour les estomacs rétrécis et les intestins délabrés. Leur contenu ne peut être consommé que par petites portions.

Il faut rechercher parmi les prisonniers du camp des visages amis.

Il faut se faire soigner. Déclarés contagieux par typhus exanthématique, les survivants sont admis à l'hôpital américain. Ils y reçoivent des soins remarquables (les Américains, craignant une épidémie de typhus dans leurs troupes comme chez les civils allemands, déploient une intense activité sanitaire). Ils sont ensuite pris en main (physiquement et psychiquement) par les médecins et infirmières français de l'H.C. 413, à Reichenau. Mais tous ne reverront pas la France. Roland Brunner est enterré à Emmendingen le 12 juin. Une bouffée trop forte d'optimisme, comme une drogue, frappe l'organisme qui ne peut supporter une telle charge de joie...

Le comité français des détenus est présidé par Edmond Michelet. Il se montre à la fois efficace et exemplaire pour prendre en charge ses compatriotes. La Mission Vaticane organisée par l'abbé Jean Rhodain (aumônier général des prisonniers de guerre et déportés) s'est également distinguée dans ces circonstances tragiques. Elle comporte deux aumôniers militaires, deux médecins auxiliaires, quatre religieuses de l'ordre des Franciscaines Missionnaires de Marie et six infirmières.

Des personnalités de la 1re Armée et de la 2e D.B. visitent les détenus. Parmi elles, le général de Langlade qui ne peut pas retenir ses larmes, ce qui met ses interlocuteurs dans l'embarras, eux qui ne savent plus pleurer depuis des mois...

© Anovi - F. Bertrand - Éditions Art Cool, 2002-2005